• Quelques bières en trop....

    J'ai lu cet article dans Glamour et franchement ça m'a touché! Je vous conseille de le lire, ça fait vraiment réfléchir.

     
    Je traversais une salle pèriode. En apparence, tout allait bien. J'avais 25 ans, un très bon poste dans une maison de disques et une flopée d'amis qui m'entouraient. Mais je me noyais dans le boulot et la fête parce que ma copine m'avait quitté sept mois plus tôt et que je n'arrivais pas à m'en remettre. Mes parents m'ont poussé à prendre des vacances. Je suis partit seul chez ma tante, dans le sud de la France, espèrant que l'air de la mer me ferait du bien. C'était le plein hiver, mais il faisait beau. A la fin, d'un dejeuné très agréable, j'ai demandé à ma tante sa voiture pour aller voir des amis au bar du port. Elle me l'a prêtée sans hésiter. J'avais mon permis depuis sept ans, jamais d'accident majeur et, si je suis un peu tête en l'air, je roule toujours hyper lentement. La journée s'est écoulé, sans que je me rendre vraiment compte que j'avais descendu pas mal de bières, et j'ai repris le colant pour rentrer. J'étais presque arrivé à la maison. J'ai voulu changer de station de radio et je me suis concentré sur le poste. Quelques secondes plus seulement. Mais voilà, quelques secondes c'est assez pour changer de voie sur une nationale. J'ai senti un choc violent qui m'a propulsé vers le pare-brise. Et puis, plus rien. Quand j'ai repris mes esprits, j'étais dans un camion de pompiers. Je m'étais évanoui un bon moment. Ils ont même découpé la voiture autour de moi sans que je reprenne conscience. Au départ, encore un peu dans les vapes, la première idée qui m'a traversé l'esprit, c'est que j'allais me faire engueuler par ma tante à cause de la voiture. Et puis, lentement, je me suis mis à réaliser. Le pompier en face de moi était tout couvert de sang. Or, je n'avais aucune blessure ouverte, juste une douleur au niveau du torse à cause de la ceinture de sécurité. J'ai commencé à me faire un mauvais film. Je leur ai demandé dans quoi j'avais tapé. Des bléssés? Personne ne m'a répondu directement. On ramenait tout à moi, comment je me sentais, si j'avais mal quelque part. J'avais un mauvais préssentiment. A l'hôpital, une jeune infirmière est entré dans ma chambre. On a un peu discuté. Du coup, je lui ai posé la question. Elle m'a répondu directement mais sans me juger: "Manu, tu as fait une chose grave. Tu as tué quelqu'un." Je pensais m'être préparé au pire, mais on n'est jamais prêt à entendre ce genre de chose. J'étais complètement sonné. Tant que je n'avais pas de détails sur la victime, son sexe, son âge, je n'arrivais pas à l'accepter pour de bon. Je repoussais l'idée pour être plus exact. Très égoïstement, c'est d'abord à mon avenir que j'ai pensé. Je voyais des mots comme "procès", "jugement" danser dans ma tête. L'avenir était subitement devenu noir. Deux flics sont arrivés juste après. Ils m'ont fait une prise de sang. L'un des mecs a ricané: "Et bien! Vous étiez bien plein!" 2,8 grammes dans le sang. Je n'avais pas du tout fait gaffe dans l'état dans lequel j'étais en reprennant le volant. C'est ça, le truc terrible. C'est qu'avant de traverser ce genre d'épreuve, tu ne fais jamais assez attention à ces histoire-là.

    J'ai passé la nuit à pleurer sans dire un mot, à moitié shooté aux calmants. L'infirmière est restée près de moi tout le temps. A un moment, je me souviens qu'elle m'a pris dans ses bras. J'aurais tellement voulu que mes parents soient là! Le matin, ma porte s'est ouverte et j'ai pris la justice de pleins fouet. On m'a passé les menottes et ont m'a jeté en taule. "Pure précaution", m'a précisé un juge. On m'enfermait pour éviter qu'un proche de la victime ne décide de rendre justice tout seul. C'est là que j'ai appris que cette victime était une femme et qu'elle était enceinte. A partir de ce moment là, je ne pouvais plus penser à rien, complètement déphasé, je suis devenu simple spectateur des évènements. J'ai regardé les flics m'enfermer pour de bon. C'était un peu comme à l'armée. On m'a filé mon barda, une couverture, un drap, un rouleau de PQ. Je partageais ma cellule avec deux militaires, arrêtés pour trafic de haschich sur leur base.

    Dans notre cellule, on se parlait peu. Le télé, allumée en permanence, nous abrutissait. Une sortie de trente minute tous les deux jours et une douche tous les trois jours. Point final. J'avais le temps de réfléchir à ce que j'avais fait. Même si je voulais fuir ce souvenir qui me torturait et me concentrer uniquement sur les conséquences que je devais assumer. Ce que j'attendais, c'était les visites: celle de ma tante au début qui me donnait des nouvelles de l'extèrieur, mais surtout celle de mes parents. J'étais comme un môme de cinq ans, j'avais un besoin vital de les voir, quitte à ce qu'ils me traitent de tous les noms. Quant, au bout de trois semaines, on m'a enfin appelé au parloir et que j'ai vu ma mère de l'autre côté de la vitre, je me suis mis à pleurer. Elle n'avait rien a faire dans cet endroit, parmi tous ces gens. Mon père et mon frère étaient là aussi. C'était bon de se retrouver tous les quatre. Ils ne m'ont fait aucun reproche, conscient que la situation devait déja être assez pénible. Le détail qui m'a fendu le coeur, c'est quand j'ai appris que ma mère m'avait apporté un gateau et des BD. Il va s'en dire qu'ils ont été confisqués. Le temps a continué sa course sans que personne ne puisse me dire exactement ce qui allait m'arriver. J'ai passé Noël et le jour de l'an derrière les barreaux. J'avais encore peine à croire à ce qui s'était passé.

    Au bout de deux mois, un maton est entré dans ma cellule. Il m'a dit que j'avais un quart d'heure pour faire mon paquetage. Mes deux cocéllulaire m'ont aidé à rassembler mes affaires. Ils m'ont ensuite donné des lettres à remettre à leurs proches, un pendentif porte-bohneur pour une petite amie inquiète. On était tous un peu émus sans vraiment savoir le formuler. Quand j'ai mis un pied dehors, j'ai trouvé que l'air frais n'avait plus le même goût. Ma tante est venur me chercher. Le simple fait de voir un vrai lit, un canapé, j'étais heureux. Ensuite, j'a réintegré Paris. Ma mère avait prevenu mon employeur et mes deux meilleurs potes. Pour tous les autres, j'avais pris des vacances prolongés. Je preférais garder le secret pour moi. J'ai repris ma vie d'avant, l'alcool en mois, en attendant mon procès. Je devais pointer chez le juge une fois par mois et passer chez le psy de mon choix une fois par semaine. Mais la thérapie, quand ce n'est pas vous qui décidé de l'entreprendre et qu'on vous l'impose, ça ne sert pas à grand chose. A l'époque, je pensais pouvoir m'en sortir seul et je ne croyais pas une seconde que le fait de m'allonger me serait d'une quelconque utilité. J'ai trouvé un docteur qui avait envie de parler à ma place, de raconter ses dernières vacances, ses problèmes mêmes. Parfait. Pendant ce temps-là, je pouvais me taire. Cette pèriode d'attente a duré un an. Juste avant le procès, mon avocat m'a prévenu que je risquais jusqu'à trois ans ferme. Malgré cela, j'étais préssé que le jugement soit rendu pour purger ma peine et clore le pire chapitre de ma vie.

    Je savait qu'il serait dans la salle. Au procès, j'ai vu pour la première fois le "conjoint de la victime", comme le désigne le langage technique. Je n'avais pas voulu en savoir plus sur cette femme que j'avais tuée. En revanche, j'avais écrit des centaines de lettres, en prison et après, à cet homme à qui j'avais tout pris. Des lettres où, je lui demandais juste pardon. Je voulais qu'il sache à quel point ma vie aussi en serait changée à jamais. Mais les mots paraissaient toujours trop faibles et je n'en ai jamais postées aucune. Au procès, nos yeux se sont croisés une seule fois. J'avais du mal à assumer son regard. Le procureur général est monté à la barre, il m'a montré du doigt et puis il s'est déchaîné. A la fin, le juge m'a demandé si je voulais ajouter un mot. J'ai juste expliqué qu'à mes yeux, mon crime était impardonnable, que j'en porterai toujours les conséquences et que, quelle que soit la peine requise par la justice, elle serait infime par rapport au désastre que j'ai pu causé. La sentence est tombée: un an en semi-liberté. J'irais donc travailler la journée, mais je devrais être dans l'enceinte de la prison dès mon boulot fini. A la sortie du tribunal, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai vu le mari de loin, je me suis approché et je lui ai tendu une main tremblante. Une main qu'il a serré. Je ne sais rien de cet homme, mais je n'oublierai jamais ce geste héroïque. Beaucoup n'auraient pas pu serrer la main du mec qu'ils rêvent de tuer. A son expression, j'ai cru comprendre qu'il me disait: "Essaie quand même de vivre, malgré tout ça."

    Je n'ai purgé que trois mois au total. Ensuite, j'ai été relâché pour bonne conduite. Ce jour-là, j'ai cru que j'avais enfin tourné la page. Pure naïveté. C'est à ce moment que tout a vraiment commencé. La culpabilité qui vous envahit par vagues. Les cauchemards qui font de vos nuits un calvaire. Je me disais sans arrêt: "Que je sois mort ou vivant, ça n'a plus grande importance." Et à chaque fois qu'il m'arrivait quelque chose de bien, je me répétais que je n'avais pas le droit d'être heureux. Pendant sept ans, je n'ai parlé à personne de cela. J'avais en tête une idée idiote: je devais m'en sortir seul comme je l'avais toujours fait. Depuis peu, j'ai enfin compris que j'avais tort. J'ai commencé une thérapie et je sens que la parole d'un autre peut m'aider. Je me relève timidement et essaie de faire avec ce qui s'est passé. Il n'est pas question d'effacer ces souvenirs bien sûr. Je voudrais juste trouver un moyen de vivre avec.


  • Commentaires

    1
    florence
    Vendredi 18 Août 2006 à 10:37
    Une petite question...
    Bonjour, J'ai découvert ton blog par le plus grand des hasards (qui je dois dire est réellement bien fait, félicitations) et j'aurais une question à te poser. Je le fais par bié d'un commentaire car je n'ai trouvé aucune adresse mail pour te joindre. En esperant que tu répondes à mon appel, Florence
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